Thème 2- Temps social, temps vécu (Moyen Âge - temps présent
Sous-thème : Époque moderne et contemporaine
Chapitre : Le temps, le travail
Le 21/04/2004 - 14:00
Si les rythmes spécifiques de la vie aristocratique sont bien connus , les temporalités des changements sociaux qui affectent les élites traditionnelles dans la société post-révolutionnaire le sont beaucoup moins. Les historiens des élites ont souvent repris le constat des modernistes : il faut un siècle — trois générations — pour légitimer l’ascension d’un parvenu et son intégration à la noblesse ou à " la société ". On examinera ici si cette nécessité se maintient dans la société post-révolutionnaire : si fortune peut être faite en une vie, la reconnaissance sociale et l’admission dans " le monde " exigent du temps. ; c’est à l’épreuve du temps que sont jaugées éducation, valeur morale et distinction. Mais ce sont les cas de déclassement qui retiendront l’attention : bien loin d’être symétrique de la longue durée ascensionnelle qui transfigure le parvenu, le déclassement est aussi brutal que rapide. C’est même le temps qui donne la mesure des difficultés auxquelles est confrontée une famille : un revers de fortune est surmonté en quelques décennies alors que la véritable dérogeance est une sanction durable. Quelle qu’ait été la solidarité lignagère, il est accompli en une génération seulement, et fait tomber " dans les bas-fonds de la société " la génération suivante, qui demeure impuissante et sans voix. La longue durée, indispensable à la reconnaissance sociale au sein du monde et de la noblesse, ne fait que sceller inéluctablement la dérogeance du déclassé.
Mme Claude-Isabelle BRELOT, professeur d'histoire contemporaine émérite à l'université Lyon II
Membre des sociétés savantes :
> Société d'émulation de Montbéliard, Membre
> Société d'émulation du Doubs, Membre
> Société d'émulation du Jura, Présidente