Le congrès du Cths - Pau 2017
Le congrès des sociétés historiques et scientifiques se réunit chaque année dans une ville universitaire francophone. Interdisciplinaire, il a pour mission de favoriser les échanges entre la recherche associative, les études doctorales et la recherche universitaire.
Il rassemble plus de 700 participants et entend chaque année plus de 400 communications.
Les actes sont publiés par les éditions du Cths.
> Instructions pour la publication

Président scientifique : Mme Nicole LEMAITRE
présidente de la section « Histoire du monde moderne, de la Révolution française et des révolutions » du CTHS professeur émérite d'histoire moderne de l’université Panthéon-Sorbonne membre de la Société d'histoire religieuse de la France, de la Société de l'histoire de France, de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, de la Société historique et archéologique de l'Essonne et du Hurepoix, de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, et trésorière de la Société des archives historiques et du musée d'Ussel

Président du comité d'organisation : M. Philippe CHAREYRE
professeur d'histoire moderne à l'université de Pau et des Pays de l'Adour, directeur du laboratoire ITEM (Identités, territoires, expressions, mobilités) EA 3002, président du musée Jeanne d'Albret, Orthez (Aquitaine) membre correspondant de l'Académie de Nîmes, président du Centre d'étude du protestantisme béarnais et secrétaire général de la Société Henri IV

Circulations montagnardes, circulations européennes
Université de Pau et des Pays de l’Adour
24-29 avril 2017

UFR Lettres - Avenue du Doyen Poplawski - BP 1160 - Campus de Pau - 64013 Pau cedex
Bus ligne 02 epuis la gare SNCF, direction « Pau-Centre hospitalier », arrêt « Pau-Université » (13 mn)

Obstacle, frontière « naturelle », opposant nettement, sous ces latitudes moyennes, les versants d’ubac et d’adret (soulane et ombrée), marquée par l’alternance saisonnière de la fermeture et de l’ouverture de ses estives, et – longtemps – de plusieurs de ses cols et ports, la montagne représente depuis toujours le paradoxe d’un espace qui peut être refuge, mais qui est pourtant constamment traversé et parcouru. Elle a souvent donné lieu à des interprétations déterministes. On a pensé la montagne comme un espace immuable, résistant au changement au même titre qu’à l’érosion, un lieu d’élection de l’archaïsme. On l’a pensée enclavée et effacée plus souvent que traversée ou desservie. Fernand Braudel participait encore de cette approche lorsqu’il la présentait de manière statique, essentiellement pourvoyeuse d’hommes et de richesses tirées de ses sols et sous-sols, alors que les plaines et les rivages seuls étaient mus par les échanges, le changement, la modernité.
Il s’agit, ici, de s’interroger sur la montagne comme un espace animé par de multiples mouvements, même s’il faut tenir compte de la grande variété des espaces montagnards. En travaillant sur les genres de vie, et les sociétés montagnardes autochtones, allochtones, les métiers, les conflits, les régulations, les « écoles »  géographiques ont porté une grande attention à la circulation intra ou trans-montagnarde. Il y a non seulement les circulations des montagnards eux-mêmes, de leurs bêtes et productions mais aussi celles induites par les populations des contrées, proches et lointaines, qui les bordent, autant matérielles qu’immatérielles : hommes, bestiaux, produits divers et idées. Leur observation, au-delà de la perception de l’obstacle, nous engagera alors à réenvisager la mutabilité de ces espaces montagnards, en France, Corse et départements d’Outremer et en Europe, sans s’interdire des comparaisons dans d’autres espaces.
Bien sûr, qu’elle soit « haute » ou « moyenne », périphérique (et alors souvent frontière) ou « centrale », la définition que nous envisageons du mot « montagne » ne se réduit pas aux espaces situés au-dessus d’une certaine altitude, ni à la toponymie, mais elle correspond à leur perception culturelle large, tant autochtone, qu’allogène, perception historique aussi, liée aux variations climatiques. La montagne est d’abord un milieu géographique spécifique, qui associe une certaine dynamique naturelle à une autre, sociale. Tout en s’affirmant comme « montagnarde », leur conjonction entraîne des situations variées.

Les « montagnards » révèlent une identité souvent forte, circonscrite, dans certain cas, à une vallée, ou à un regroupement de vallées. Celle-ci entretient des us communautaires et une économie spécifiques. Contraintes par les conditions naturelles, son habitabilité et son anthropisation sont autant d’adaptations à celles-ci. La longueur des jachères, la résistance des céréales privilégiées, les cultures en terrasses, le pastoralisme, les transhumances caractérisent l’agriculture. L’usage du saltus (friche) et de la forêt est régi par des pratiques codifiées de défrichement et de culture temporaire, de cueillettes, de charbonnières et d’affouagement sur le communal et de mise en défens de certaines de leurs portions. L’utilisation des minerais, des bois et de l’eau des sources thermales, des rivières par l’artisanat puis l’industrie modifient l’espace montagnard. Nombre d’usines modernes s’enracinent d’ailleurs dans une industrie domestique d’hiver, dans les Carpates Occidentales, les Alpes ou encore le Jura : tissage, petite métallurgie, horlogerie, tournage etc. Si l’autarcie et la survie ont longtemps guidé la vie des plus humbles, elles n’ont pas exclu la pénétration tardive de l’agronomie et celle, précoce, de l’économie marchande : foires et marchés (aux bestiaux, aux produits de la cueillette et de l’artisanat, aux spécialités locales, et en particulier aux fromages et à la charcuterie) tissent des liens recherchés avec de plus plats pays.
Bien des vallées ont su développer des technologies propres à la montagne, comme l’hydroélectricité, l’aluminium, l’informatique...
Des villes de piémont assurent souvent les échanges entre ces économies complémentaires. C’est particulièrement le cas dans les Pyrénées, qui ne bénéficient pas des cluses alpines, pénétrantes mais aussi sur les plateaux inhospitaliers du Massif central. L’urbanité demeure alors périphérique. Ailleurs, les rares villes implantées en montagne sont souvent spécialisées dans le tourisme d’hiver. En effet, ce n’est que récemment que des innovations logistiques, en venant à bout de nombre de difficultés topographiques (tunnels, viaducs, voies ferrées, routes et autoroutes, altiports, supports de télécommunications, etc.), ont permis d’accompagner le fort développement de circulations liées au tourisme d’été et d’hiver. Autre action sur le paysage : la rectification des torrents et le reboisement depuis le XIXe siècle.
L’accessibilité et la mobilité croissantes des personnes et des biens en montagne, au cours des deux derniers siècles, ont produit de grandes mutations. La première a été l’exode vers des milieux considérés comme plus cléments et générateurs de profits, entraînant une déprise rurale qui, à son tour, s’offre à diverses emprises spéculatives. Plus récemment, le souci de valorisation et de protection des espaces montagnards conduit à y aménager des réserves naturelles, qui peuvent même devenir des espaces artificiels. Les parcs naturels et reconquêtes d’espaces naturels modifient tout aussi profondément les rapports à la montagne.
La nécessité de la pluriactivité est générale et ancienne en montagne ; elle s’accompagne de migrations saisonnières. Poussés par la nécessité et doués de spécialités (charbonniers, scieurs de long, chaudronniers, ramoneurs, etc.), les migrants allégeaient ainsi leurs familles, particulièrement en période hivernale, et rapportaient les témoignages de leurs périples au long cours ; le colportage créait et assouvissait quelques besoins matériels et intellectuels. Ces derniers relèvent majoritairement d’une culture largement dominée par l’oralité, aux déclinaisons aussi diverses que les nuances dialectales, variant d’une vallée à l’autre au sein d’une même province. Pour le cas français, l’enquête Maggiolo (1877-1879) en dit long sur les limites d’une alphabétisation que l’éloignement des petites écoles et l’utilisation soutenue d’une main-d’œuvre enfantine ne favorisent guère. Mais, à l’inverse, le cas des « enfants prêtres » du Massif Central, du Haut-Dauphiné ou du Comminges, puis des maîtres d’écoles du Queyras, du Briançonnais et de l’Ubaye, ou des colporteurs de librairie des Pyrénées centrales témoignent de l’ingéniosité d’une maîtrise des rudiments mise au service des migrants. Souvent cadets, les candidats au départ sont exclus de la dévolution du patrimoine et ils nous montrent que les logiques migratoires doivent être analysées, non seulement en relation avec les systèmes économiques, mais aussi en prenant en compte les systèmes coutumiers qui régissent les familles. Le maître livre d’Alain Collomp, La maison du père, a montré à partir de l’exemple de la vallée du Verdon, comme en Gévaudan ou Haut-Dauphiné (Michel Prost) l’organisation très contraignante de la famille souche autoritaire, qui organise l’émigration saisonnière ou lointaine des cadets pour survivre.
Milieu fragile ouvert vers des espaces plus riches, les montagnes sont des lieux de départ ou de refuge depuis toujours. Les migrations temporaires sont le lot des montagnards qui transportent leur identité quand leur déplacement se fait plus long, ainsi les gavots de basse-Provence et les < i>gavachs du Sud-ouest, les deux variantes occitanes du terme signifiant les migrants montagnards, reconnaissables en particulier à leur accent. Les migrations montagnardes peuvent être lointaines : les Haut-Dauphinois au Portugal au XVIIIe siècle, les « Barcelonnette(s) » faisant fortune au Mexique au XIXe et début XXe ou les Rouergats en Espagne puis en Argentine. Les refuges sont celui des minorités persécutées qui modifient à leur tour les espaces montagnards, leurs traditions et leurs représentations. Les livres circulent avec eux, dans les ballots de marchandises. Toutes les vallées ont ainsi leurs étrangers installés pour des causes religieuses (juifs, vaudois, anabaptistes...) ou politiques (bandits, maquisards, communautés alternatives...) et repoussés par des institutions et des pouvoirs centraux.
Demeurent alors les figures centrales d’une oligarchie villageoise limitée (le prêtre, le notaire), ceux qui accompagnent dans les moments cruciaux de la vie personnelle ou collective, et qui parfois la déterminent. La puissance de la communauté d’habitants produit des élites villageoises particulières et, dans certains cas, peut contraindre, voire freiner, le développement seigneurial, monastique, et étatique. Le poids des structures familiales, telles les communautés taisibles de la montagne thiernoise observées par les Encyclopédistes, influe inévitablement sur les canaux de la politisation et les formes de la citoyenneté.

La montagne se confronte aussi, à la naissance d’entités politiques, soit en devenant limites d’États, soit en se transformant en États autonomes. Longtemps des communautés montagnardes ont voulu jouer le rôle de portiers, de gardiens de frontières incertaines et disputées. La volonté de maintenir leurs avantages pastoraux et commerciaux ont pu également engager à la mise en réseau de vallées, comme les lies et passeries des Pyrénées ou les escartons des Alpes. Les constructions étatiques modernes, modifient cette tendance sans l’inverser. Des vallées peuvent encore justifier par cette charge de garde des frontières leurs exemptions ou avantages fiscaux, et les défendre dans le cadre de petits états provinciaux. L’étude de l’évolution des entités à cheval sur les versants, de la Transylvanie au Val d’Aoste ou à la Valteline, au Val d’Aran et à l’Andorre..., permettraient de voir comment ces problèmes ont été résolus en Europe. Certaines vallées et groupements de vallées se sont aussi érigés en États particuliers, comme les cantons suisses ou l’Andorre, alors que la Savoie allait constituer le cœur d’un plus vaste État. Dans ces constructions, les confrontations, migrations et refuges religieux jouent un rôle important : valdéisme, calvinisme, catholicisme, judaïsme, plus loin : orthodoxie et islam, y compris les migrations des conversos et des morisques. La montagne est aussi le lieu d’expériences spirituelles radicales : les ermites, les ordres religieux de la Chartreuse et de Chalais, pour qui la montagne est le « désert » de l’Occident tout autant que les Réformés cévenols.
Les travaux d’Yves Castan nous en ont beaucoup appris sur les limites de la justice royale, les affrontements communautaires sur les hautes terres pyrénéennes. En chacun de ces lieux s’affirment des identités fortes, dont rendent compte le droit seigneurial, les habitus religieux ou culturels ainsi des mystères, du théâtre rural ... Tardivement rattachés à la Couronne de France, le Dauphiné, la Provence, la Bretagne, la Franche-Comté... ne lui ont jamais marqué une totale allégeance : les révoltes sont légion, et la République ne les endigue pas, bien au contraire. Il est cependant des provinces plus anciennement rentrées dans l’apanage royal qui ne sont guère plus dociles. Les Grand jours d’Auvergne viennent, au besoin, l’illustrer. L’arasement des châteaux, qui en résulte, nous rappelle combien les éminences ont été propices aux fortifications et aux symboles bâtis des différents pouvoirs qui ont suivi l’évolution de l’architecture militaire jusqu’au XXe siècle, sur les frontières du moins.
Le procès des prêtres simoniaques ou libertins, qui accompagne les reprises en mains, en dit assez sur les libertés individuelles autorisées par l’éloignement des centres de pouvoir, fussent-ils religieux. Transformant la géographie administrative, le droit civil, les libertés civiques, la Révolution française n’éradique pas toutes les résistances à la centralité, toute la méfiance des petits bourgs, des hameaux, déjà peu ouverts à la sociabilité des Lumières (la cartographie de la franc-maçonnerie le prouve), par rapport aux chefs-lieux des districts, et a fortiori des départements. Les instituteurs jacobins, envoyés des principales sociétés populaires, l’apprendront souvent à leurs dépens en l’an II. L’anti- et la contre-Révolution vont trouver dans la montagne des caches pour les prêtres réfractaires et pour les soldats insoumis ou les conscrits déserteurs. Pour l’époque contemporaine les deux révoltes alpestres majeures sont la résistance républicaine au coup d’État de décembre 1851, magistralement étudiée par Philippe Vigier et Maurice Agulhon, et la Résistance, avec les maquis. Indifférent aux soubresauts nationaux ou les surmontant, le notable local y entretiendra toujours des réseaux plus resserrés et plus efficaces que les mailles imparfaites d’administrations en gésine ou trop dispersées sur de vastes territoires.

Propice à l’isolement et au refuge, la montagne est également un lieu de franchissement et de passage. Elle l’est assurément pour les stratèges, d’Hannibal passant les Pyrénées puis les Alpes à Bonaparte au col du Grand-Saint-Bernard, de la Montagne blanche à Monte Cassino. Jalonnées par les clans puis les seigneurs guerriers, les vallées ont été structurées par les Étapes des Habsbourgs dans les Alpes. Mais, longtemps, le déplacement, malgré de rares « guides » ou « indicateurs », est gêné par une connaissance très approximative des montagnes. La cartographie militaire, dans un premier temps, ne s’intéresse qu’aux passages, et elle reste relativement secrète, avant que les ingénieurs géographes ne réalisent de sensibles progrès au cours du XVIIe siècle. Pierre-Joseph de Bourcet hésitait encore entre la projection verticale et la perspective cavalière pour sa carte du Dauphiné (1749-1754) avant que la première technique triomphe à la fin du XVIIIe siècle. On a cartographié la circulation : les équipements, les flux, les réseaux. Pour représenter la troisième dimension et mesurer les montagnes (on a eu recours aux alpinistes du début du XXe siècle au club alpin). La montagne est reconfigurée par l’architecture militaire – et l’on songe entre autres aux prouesses de Vauban, parfois dubitatif de sa propre œuvre, dont s’enorgueillissent pourtant les municipalités (ainsi, à Seyne-les-Alpes). Quand ils ne datent pas de la conquête romaine des Gaules, les routes et les relais sont souvent les héritages du passage des troupes. Les nombreux mercenaires suisses qui allaient, des siècles durant, vendre leurs services aux souverains de France, d’Italie ou d’Allemagne, les empruntaient. Ces routes et relais, d’abord sécurisés par des monastères (chanoines de Saint-Maurice ou d’Aubrac...) viennent compléter l’entrelacs des chemins, qui ne sont pas tous contrôlés par les douanes ou les postes. Ils sont aussi les voies de fuite des proscrits : les cathares, les vaudois du Lubéron, les protestants du Refuge en route vers la Suisse, les émigrés fuyant le Révolution, etc.
Les ingénieurs géographes ne distinguaient habituellement que trois catégories de chemins : « ceux qui sont accessibles à l’artillerie et aux convois, ceux qui sont praticables à la cavalerie, et ceux qui ne livrent passage qu’aux piétons » (Numa Broc). Durant les derniers siècles, les notables progrès qui sont réalisés pour rendre les chemins carrossables entraînent des mutations profondes dans les procédés de transport des charges et les hommes qui les animent. Du colporteur, du muletier, du traînage, du flottage du bois sur les torrents, on passe aux chemins de la mâture avec la réformation des Eaux et forêts, aux chemins pour les canons qui permettent de détruire les derniers forts inexpugnables, aux routes thermales et autres voies carrossables, aux traversées ferrées... Les communications ferroviaires ont modifié la montagne par la construction de tunnels qui restent un problème encore au XXIe siècle. Plus récemment, la houille blanche permet d’inventer le lacis du transport de l’énergie électrique. L’accueil des voyageurs dans les hospices de montagne en est changé, alors qu’éclot une nouvelle corporation : celle des guides de haute montagne.
Bien souvent, comme les unités politiques intérieures à la montagne enjambent les cols, il en est de même des groupes linguistiques. C’est notamment le cas de la langue allemande qui s’étend, au Tyrol, de part et d’autre du col du Brenner, du français et du franco-provençal en Val d’Aoste, du basque ou du catalan aux deux extrémités de la chaîne des Pyrénées. Ces données ont une influence non négligeable sur les relations de voisinage, particulièrement dans une Europe contemporaine qui voit s’abaisser ses frontières internes... jusque sur le haut de ses montagnes.

La montagne est un objet d’étude et de représentations. On a pu l’ériger en un relief mythique qui a longtemps alimenté des croyances, des tabous, des peurs, et donc engagé à des parcours cérémoniels apotropaïques, des processions saisonnières d’ouverture des estives d’altitude, des pèlerinages vers différents ermitages. Parmi les grandes migrations temporaires de population face au malheur, on doit ajouter les sites montagneux de pèlerinage, dont beaucoup sont anciens (Saint-Maurice d’Agaune, le Mont-Saint-Michel, le Puy, la Sainte-Baume, le Laus) et d’autres nés à l’époque contemporaine : Lourdes, la Salette. Dans ces circulations, comme l’a démontré Marcel Durliat le long des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce sont aussi des styles, des modèles, qui sont véhiculés. L’art, d’abord religieux, chemine par les montagnes. Mais sa diffusion peut être entravée lorsque l’Europe chrétienne se fractionne, comme le long des Pyrénées qui, sous le règne de Philippe II et de l’Inquisition, se dressent désormais comme une frontière autant politique que religieuse. La circulation des livres, et donc des idées, en reste affectée.
À l’avènement des Lumières, la montagne, d’abord sous l’influence des Anglais, devient la surface de projection d’une nouvelle sensibilité, d’une nouvelle perception de la nature, générant des voyages récréatifs et initiatiques, qui conduisent de la soif de compréhension et de connaissances au dépassement de soi avec « l’invention du Mont Blanc » (Philippe Joutard) et la naissance de l’alpinisme. C’est « le temps des voyageurs » (Serge Briffaud). Les Suisses jouent un rôle prédominant dans cette transformation et Jean-Jacques Rousseau (La Nouvelle Héloïse, 1761) est l’artisan de cette révolution qui, en portant une révélation esthétique ou sentimentale, influence la plupart des vocations de naturalistes au XVIIIe siècle. Elle est décrite dans les guides et la littérature, esquissée dans les gravures, magnifiée par la peinture (comme celle de Caspar David Friedrich), parfois avec une exagération qui la rend effrayante comme celle des voïvodes valaques qui inspirent la figure de Dracula. L’approche littéraire permet de construire un modèle esthétique qui va consacrer jusqu’à nos jours la gloire de maîtres du roman français : inépuisable décor des œuvres de Sénancour, George Sand ou Giono, Henri Pourrat ou Frison-Roche, elle sert à la fois de cadre mythique et de sujet imaginaire.
Elle devient un laboratoire de courses scientifiques pour les savants du XVIIIe siècle, férus de minéralogie, de botanique, ou intrigués par le volcanisme, dont les éruptions de l’Etna et du Vésuve ne cessent de rappeler la présence. Les populations à leur tour font l’objet d’études qui fondent la biologie humaines (des « crétins » des Alpes aux travaux sur l’ADN...) L’observation, qui mobilise tout le réseau savant européen, se veut aussi anthropologique ou ethnologique, à la recherche des origines de l’homme, de la mentalité des ruraux – recherche que revivifient les inattendues révoltes paysannes durant la Révolution, au bénéfice du celtisme cher à Le Coz ou à Cambry. On peut alors considérer que « l’étude des montagnes a constitué une voie d’accès privilégiée à la connaissance du monde » (Bernard Debarbieux).
Enfin les montagnes sont devenues à l’époque « le terrain de jeu de l’Europe », avec le développement d’un tourisme avide de voir des phénomènes naturels grandioses (mer de glace, cirque de Gavarnie), la conquête des sommets par l’alpinisme. Les sports d’hiver et la notion de « domaine skiable » ont transformé l’économie montagnarde et l’image de la montagne entre les Temps modernes et l’époque contemporaine : pour ne citer qu’un exemple, les départements des Hautes-Alpes et Alpes de Haute-Provence ont eu une image longtemps répulsive qui est devenue attractive au cours du XXe siècle. Leur démographie a été marquée par un effondrement entre 1850 et 1950 suivi d’une remontée qui peut être localement spectaculaire. Et le prestige des produits alimentaires connotés ou étiquetés « de montagne » donc « naturels » se renforce en même temps que certaines vallées se repeuplent de citadins.


THÈMES

I. Des montagnards, leurs activités économiques et celles des autres : un espace d'échanges et de migrations
I.1 L’exploitation et la transformation des ressources naturelles
I.2 Le contrôle des ressources : ententes, coutumes, pouvoirs...
I.3 Les villes et villages de montagne, leurs fonctions et leurs mutations
I.4 Familles et migrations
I.5 Les mutations technologiques et économiques contemporaines
Atelier 1. Contrebande et contrebandiers. Une économie montagnarde ?

II. Compositions et recompositions politiques et militaires : la montagne entre centre et périphérie
II.1 Montagnes et frontières : protéger et défendre
II.2 Éloignement des pouvoirs et négociations de l’autonomie
II.3 Révoltés, bandits, proscrits et maquisards
II.4 Anti- et Contre-Révolutions
Atelier 2. La correspondance active d’Henri IV
 
III. Des passages : contraintes, organisations, dynamiques
III.1 Chemins de terre et chemins d’eau
III.2 Passer et cartographier. Géographes, cartographes, stratèges et militaires
III.3 Construire le chemin : chemins de fer, tunnels et réseaux divers
III.3 Faire passer : ingénieurs et guides
III.4 Voisiner. Les témoins linguistiques du passage
 
IV. Des montagnes parcourues et représentées : de la circulation des idées, des formes et des jeux
IV.1 Montagnes et montagnards comme objets d’explorations et d’études savantes et de typologies variées
IV.2 Tabous et croyances en montagne
IV.3 Rituels et sanctuaires de montagne
IV.4 La montagne, espace touristique, un « retour à la nature » ?
IV.5 La montagne, cadre et source d’inspiration littéraire et cinématographique
Atelier 3. La circulation des idées protestantes d'un versant montagnard à l’autre (1517-1848)

Colloque 1. Monastères de montagne, des origines à nos jours
Dès l’An Mil, une relation privilégiée s’est établie entre des maisons de prière et la montagne : La Chaise-Dieu, la Grande Chartreuse, Saint-Michel de Cuxa, parmi de très nombreux monastères, mais aussi des commanderies templières et hospitalières, des maisons de chanoines réguliers, puis de prédicateurs de missions ont choisi de s’implanter en altitude. Il n’est pas exagéré d’affirmer que toutes les chaînes de montagnes de la Chrétienté ont été touchées par la vie monastique, sous quelque forme que ce soit, à commencer par la vie érémitique.
Par ailleurs bien des monastères montagnards se sont élevés au bord des routes, près des cols que franchissaient pèlerins, marchands et voyageurs, leur servant de gîte d’étape et cela dès le haut Moyen Âge : comme par exemple Saint-Maurice d’Agaune, dans le Valais suisse, l’abbaye de la Novalaise, en Piémont, fondée au VIIIe siècle sur la route du Mont Cenis, Saint-Chaffre du Monastier en Velay, Saint-Oyend, qui devient Saint-Claude au VIIe siècle, dans le Jura, ou encore l’abbaye de Hohenbourg sur le Mont-Sainte-Odile dans les Vosges, fondée à la fin du VIIe siècle.
Saint-Victor de Marseille, Cluny ou encore de la congrégation canoniale de Saint-Ruf, en attendant les Capucins, Jésuites, Recollets... et communautés nouvelles ont possédé de nombreuses dépendances et des maisons de retraite dans les Alpes, les Pyrénées ou le Massif Central, ont évangélisé mais aussi se sont vues confier par les évêques la desserte de paroisses nouvelles ou anciennes. De tout temps, ces établissements ont accueilli des pèlerins dans les hôtelleries.
Ils génèrent aujourd’hui un nouveau commerce de produits « naturels ». À l’âge des bêtes de somme comme des camions, il ne faut pas oublier également les circulations des animaux, des bois et des pierres, des livres, des touristes et des artistes enfin.
Une équipe grenobloise travaille depuis plusieurs années à l'étude des peintures murales, des chapelles de montagne dans les pays de l'arc alpin. D’autres routes, romanes, baroques ou « populaires » peuvent être étudiées dans leur fondation, leur établissement et leur renaissance...

Colloque 2. Montagne : enracinement, détachement et appropriation
Session proposée par l’Association internationale pour l’histoire des Alpes et par le Labex ITEM (Innovation et Territoires de Montagne) de Grenoble
Les circulations induisent des bouleversements profonds des identités, qui résultent de la rencontre entre des facteurs exogènes et endogènes. Les départs, les passages ou les arrivées constituent des temps ou les individus comme les communautés se façonnent et se reconfigurent, par réaction, acceptation ou assimilation. La montagne, loin d’être un lieu fermé et figé, comme on l’a souvent dit et on le dit encore, est à la fois un territoire de mobilités de ses habitants et de passages ou d’arrivée de populations venues de l’extérieur. Elle a nourri des identités propres et fortes, qui ont commencé à s’affirmer à l’époque moderne, en relation avec des ethnotypes alors en pleine résurgence et la découverte des montagnes en tant qu’espace de savoirs, comme territoire politique voire comme territoire de jeu, puis comme territoire « préservé » à usage d’autrui (J-F Bergier, F. Walter, B. Debarbieux, G. Rudaz, Tissot). Quelles formes ces identités montagnardes ont-elles prises ? Quelle fut la place de la réalité de la montagne, en tant que terre spécifique, faite de pentes et de sommets, de rocs et de glaces, dans leur affirmation ou leur disqualification? Quelles influences, susceptibles de transformer la montagne et ses habitants, se sont-elles fait sentir ? Quelles stratégies, quelles résistances matérielles et symboliques, ont été développées pour assurer la pérennité des territoires dans une complémentarité toujours renouvelée entre les terres « hautes » et les terres « basses ».
Cette approche pose au final la question de savoir dans quelle mesure les circulations humaines ont-elles donné une place spécifique à la montagne, au point de la faire exister ou disparaître, entre le stéréotype de l’archaïsme et la terre d’innovations.
C.2.1 Identités revendiquées, abandonnées, reniées
C.2.2 La terre, valeur réelle et symbolique
C.2.3 La montagne transformée : lieu d’expérimentation ou de tradition ? (accepter, adhérer ou refuser les modèles : aménagement, tourisme...)
C.2.4 Les nouvelles circulations : voyageurs et touristes : des migrants comme les autres ?


Rédacteurs principaux de ce programme, accepté par la section « Histoire du monde moderne, de la Révolution française et des révolutions » du CTHS :
Philippe Bourdin, Serge Brunet, Nicole Lemaitre, Philippe Chareyre, Daniel Le Blevec, Roger Nougaret, Jean-Louis Bergès, Hélène Richard, Sandrine Costamagno, Anne Dalmasso, Stéphane Gal, Anne Marie Granet.

Sociétés partenaires
Société française d’étude du XVIe siècle
Société Henri IV
Société des Sciences lettres et Arts de Pau
Centre d’Étude du protestantisme béarnais
Académie de Béarn
Société des Amis du château de Pau
Association internationale pour l'histoire des Alpes

Avec le concours
Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques
Archives de l’agglomération Pau-Pyrénées
Musée national du château de Pau
Musée Jeanne d’Albret, Orthez
TRACES (Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés), UMR 5608, CNRS, université Toulouse – Jean Jaurès
Labex ITEM (Innovation et territoires de montagne) de Grenoble

Droits d’inscription : 80€
Gratuité pour les étudiants non salariés, les chômeurs et les membres de sociétés savantes des régions Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées
Pour proposer une communication, la date limite est le 1er novembre 2016.
Inscrivez-vous directement en ligne sur le site du CTHS (paiement par carte bancaire sécurisé) à la page cths.fr/co/details.php?sc=in
ou envoyez par courrier postal à CTHS - 142e congrès - 110 rue de Grenelle 75357 PARIS cedex 07 :
- le règlement des droits d’inscription, par chèque bancaire à l’ordre de l’ASCSHS (Association de soutien aux congrès des sociétés historiques et scientifiques),
- le titre et le résumé de la proposition de communication (1000 caractères espaces comprises, soit une demi-page) en fichier .doc ou .rtf,
- la fiche d'inscription complétée (téléchargeable sur le site cths.fr : cths.fr/co/details.php?sc=in)
en précisant bien dans quel thème et sous-thème ou colloque vous souhaitez placer votre communication.

Le résumé doit viser à faire ressortir les points essentiels de la communication ; il en souligne les éléments nouveaux et les conclusions. Il doit faire clairement état des sources exploitées. Il ne doit prendre la forme ni d’une introduction générale, ni d’un plan.
Le Comité étudie en novembre 2016 toutes les propositions de communication. Il peut écarter celles ne lui paraissant pas convenir, sans avoir à motiver sa décision. Les droits d'inscription sont alors remboursés, sur demande, avant le 1er mars 2017 (de même si un congressiste annule sa participation).
Les communications acceptées seront affichées sur le site cths.fr, à partir de février 2017, par thème, par jour, par auteur : cths.fr/co/congres.php?sc=co&id=-1
Les intervenants seront informés personnellement par messagerie électronique.

Le temps de parole est fixé à 20 minutes par communication, de manière à laisser place ensuite aux débats (10 minutes).

Les Actes du Congrès national des sociétés historiques et scientifiques sont publiés principalement sous forme électronique. Ils sont disponibles gratuitement sur le site internet du CTHS, où ils peuvent être téléchargés à l’unité ou au volume entier : cths.fr/co/details.php?sc=au
Cette forme de publication permet une diffusion internationale ; tout lecteur potentiel aura accès aux articles par une simple recherche de mots-clés par l’intermédiaire des moteurs de recherche. Les volumes électroniques ont un titre et des références bibliographiques internationales ; ils sont préparés, remis aux normes et maquettés pour la publication. Ils sont répertoriés dans le catalogue des publications du CTHS, le copyright et le droit moral sur le texte restant la propriété de l’auteur. Les auteurs s’engagent formellement à présenter un texte original et inédit, et à le conserver inédit pendant un délai d’un an après le congrès.
L’acceptation d’une communication ne constitue en aucun cas un engagement de publication. Le Comité examine en juin les textes reçus en juin et se réserve le droit de demander aux auteurs de corriger ou d’abréger l
Le Forum des sociétés savantes accueille du mercredi 26 au vendredi 28 avril 2017 toutes les sociétés historiques et scientifiques des régions
Aquitaine - Limousin - Poitou-Charentes et Languedoc Roussillon-Midi-Pyrénées
qui souhaitent présenter leurs activités et leurs publications.


L'inscription est gratuite mais obligatoire.