129e congrès, Besançon, 2004 - Le temps

mardi 20 avril 2004 - 09:00


Thème 2- Temps social, temps vécu (Moyen Âge - temps présent

Sous-thème : Époque moderne et contemporaine

Chapitre : Le temps ordonné

Titre : La corruption du temps chez les religieux français au temps des guerres de Religion

Présidents :
EVEN Pascal
, responsable du département de la politique archivistique et de la coordination interministérielle à la direction des archives de France
MAUERHAN Joëlle , directrice du Musée du temps à Besançon

Au XVIe siècle, le temps était perçu de façon négative par les clercs réguliers en quête de réforme. Toujours analysé en termes de décadence, l’écoulement du temps dégradait et altérait parce qu’il éloignait un peu plus chaque jour des origines chrétiennes. Car " Ré-former " un ordre ancien, signifiait toujours y rétablir la discipline primitive. Conformément à cette définition, les mouvements de "renovatio" menés dans les cloîtres ont été présentés comme de simples retours à un âge d’or perdu ou oublié. Il s’agissait, avant tout de conjurer le sort du temps corrupteur qui obscurcit le message initial, et de dénoncer les abus du relâchement.
L’enchaînement du discours était toujours identique et relevait d’une construction ternaire : la vérité absolue était contenue dans la règle originelle ; la fuite du temps conduisait inéluctablement à la mitigation qui était d’autant plus vive que l’éloignement des origines était grand et que l’ouverture au monde était importante ; enfin seul un retour à une stricte observance des préceptes originels pouvait permettre d’échapper à l’altération de la vie régulière et rendre aux religieux une dignité conforme aux vœux monastiques. C’était à cette seule condition que les moines pouvaient vivre en-dehors de leur temps et compter ainsi échapper aux tribulations de l’Histoire. L’idée d’un temps corrompu était bien au cœur des projets de réformes monastiques des ordres anciens ou de la formation des nouveaux instituts. Mais nous verrons qu’il servait aussi à justifier des visions différentes et opposées de l’ordre politique et social.
Pour ce vaste sujet, notre étude fera feu de tout bois – traités, pamphlets, registres capitulaires, chroniques, correspondances et livres de spiritualité – mais devra aussi nécessairement se limiter à un cadre spatio-temporel bien défini. Elle prendra surtout en considération la période 1562-1598, c’est-à-dire celle des guerres de Religion dans le royaume de France qui rendent plus prégnant le thème de la corruption et de la fin des temps. De même, notre objet sera volontairement réduit à quelques grands ordres de la réforme catholique de cette seconde moitié du XVIe siècle, principalement les Capucins, les Minimes, les Jésuites et les Feuillants.

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M. Benoist PIERRE, Professeur des universités en histoire des mondes modernes et contemporain à l'université François-Rabelais de Tours, directeur du Centre d'études supérieures de la Renaissance (CESR, UMR 7323 et UFR)