138e congrès, Rennes, 2013
Se nourrir. Pratiques et stratégies alimentaires
Colloque 3 : Des mets et des mots
Salle L 143
La littérature peut-elle s’intéresser à l’alimentation ? Comment concilier élévation de l’esprit, recherche intellectuelle, ou spirituelle, satisfaction physique et matérielle avec le boire et le manger ? N’y a-t-il pas antagonisme plus évident que les lettres et les aliments, l’esprit et le ventre ? La question est ouverte depuis Le banquet de Platon, les leçons d’Épicure, ou le Satyricon de Pétrone : le rapport complexe entretenu par l’écrivain avec la nourriture sert en réalité depuis les origines d’« aliment » à l’inspiration littéraire et la pensée philosophique.
Il est possible de suivre dans l’histoire de la littérature française la lente montée en puissance du boire et du manger.
À partir des premiers fabliaux français du XIIIe siècle ou les contes à rire, apparaissent nettement le repas et la consommation de nourriture comme thème comique et satirique. C’est de cette littérature morale du Moyen Âge qu’hérite Rabelais, créateur du Pantagruel paru en 1532, transformant l’enjeu des mets et des mots en procédé littéraire. Après Rabelais, le thème est abordé par les écrivains de façon personnelle avec soin et minutie au point que chacun le marquera de son empreinte.
Dans le même temps, on observe l’émergence d’une écriture descriptive de la recette de cuisine qui s’affirme dès le XIVe avec le Mesnagier de Paris et le Viandier de Taillevent. Ces deux écrits publiés au début du XVIe siècle font figure de monuments de la littérature de cuisine médiévale qu’il faut couronner par l’Excellent et moult utile opuscule... de plusieurs exquises recettes de Nostradamus publié en 1555 et l’Ouverture de cuisine de Lancelot de Casteau daté de 1604. L’histoire de cette montée en puissance de l’œuvre consacrée à l’art de la cuisine puis de la table conduit à l’éclosion d’une véritable littérature scientifique, au point que les nourritures terrestres deviennent objets de science et d’écriture.
À la fin du XVIIIe siècle, l’alimentation et la cuisine sont même associées au libertinage chez Sade ; l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert parle d’« aliments » et de « nourriture » sans en signaler l’usage littéraire.
Le tournant du XIXe siècle est capital, c’est celui qui voit naître la « gastronomie » avec la révolution de la table et du goût initiée par Grimod de la Reynière et Brillat-Savarin : le premier, véritable inventeur de la littérature gourmande, est notamment publié par Balzac imprimeur en 1825 ; quant au second, plus intellectuel que le premier, il conceptualise le goût et les recettes avant de donner son nom à un fromage normand de lait de vache.
La place de Charles Monselet, journaliste, directeur de l’hebdomadaire Le Gourmet, est également importante dans le développement de la sociabilité culinaire.
Au XXe siècle, le thème de la cuisine et de la nourriture traverse presque toutes les œuvres majeures  de Marcel Proust à Marguerite Duras : « les écrivains se mettent à table », les uns voulant suivre les pas de Rabelais, les autres comme Sartre ne voyant dans le manger qu’un « mastic ».
Quelques problématiques se dégagent à partir d’un besoin de l’écrit pour traduire l’acte alimentaire et culinaire :
- l’émotion esthétique : le pouvoir d’évocation des mets (souvenir émotionnel), de l’ingrédient culinaire, de la création gastronomique, du lieu de dégustation
- la force narrative du discours culinaire, mémoire sémantique de saveurs et de plats,
- des thèmes à étudier : la naissance du gourmand (divers itinéraires pour pénétrer dans l’univers amical et familier de l’écrivain) ; le trio la femme/la nourriture/l’homme ; rites et rituels de la table, faim et satiété : contraintes et libre arbitre ; le désir, le sexe et le rire (rapport appétit et « eros » et leurs variations possible) ; craintes et angoisse autour de la nourriture ; convivialité et partage ; symboles et morale de l’alimentation ; le doux et l’amer /le cru et le cuit.
Séances

- Séance du 23/04/2013 - 09:00
  Présidents :
M. Louis BERGÈS, Directeur régional des Affaires culturelles des Pays de la Loire

Mme Danielle FAUQUE, Chercheur associée au GHDSO (Groupe d'histoire et de diffusion des sciences d'Orsay), présidente du Club d'histoire de la chimie


Du champ à la table : thèmes alimentaires chez les agronomes romains (IIe siècle avant J.-C. - Ier siècle après J.-C.). Mme Marie-Pierre ZANNIER
Une nouvelle vie pour un vocabulaire gastronomique non conventionnel ?. Mme Guylaine BRUN-TRIGAUD
Des criquets et des termites à la gastronomie et à un bréviaire : des versants du causse aux marches de l'Institut. M. Jean-Loup D'HONDT
Astronomie, voyages et usages alimentaires au XVIIIe siècle. Mme Suzanne DÉBARBAT

- Séance du 23/04/2013 - 14:00
  Présidents :
Mme Monique GROS, Astronome adjoint honoraire de l'observatoire de Paris, Institut d'astrophysique de Paris, CNRS et université Pierre et Marie Curie

Mme Catherine GROS, Conservateur en chef, déléguée générale du CTHS


À la table du bateau Pourquoi pas ? dans les glaces de l'Antarctique. Mme Marie-Isabelle MERLE DES ISLES
Se nourrir, se soigner, se droguer : autour du destin de  Thomas De Quincey (1785-1859), le « mangeur d’opium anglais ». Mme Stavroula KAMPOUGERI
À propos de la cuisine provinciale chez Balzac. M. Louis BERGÈS
La nourriture dans la presse quotidienne et la littérature françaises contemporaines : entre plaisir et déplaisir. Mme Annick BATARD
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