137e congrès, Tours, 2012
Composition(s) urbaine(s)
VI. La représentation des villes et de leurs compositions

VI. La représentation des villes et de leurs compositions - 1 - salle 08

VI. La représentation des villes et de leurs compositions - 2 - salle 08

VI. La représentation des villes et de leurs compositions - 3 - salle 08

VI. La représentation des villes et de leurs compositions - 4 - salle 08
Dans les gisements documentaires occidentaux, qu’il s’agisse des archives, des bibliothèques ou des musées, la représentation des villes accompagne tous les siècles depuis le Moyen Âge.
De la ville suggérée à la ville décrite en mots ou en images, de la ville décrite à la ville symbolisée, de la ville détruite à la ville imaginée, tous les aspects de cette réalité sociale sont déclinés, soit pour s’adapter aux besoins et aux rêves de commanditaires divers, d’usagers innombrables, soit pour identifier et fonder des projets liés aux préoccupations des édiles, et aux fonctions dévolues à l’entité urbaine.
Miniatures ou sceaux médiévaux n’ont besoin que d’un élément architecturé pour évoquer la ville : une tour, un clocher, une porte, un pont... iconographie minimale que l’on retrouve encore sur les blasons, ou sur les façades des gares. Évocation parlante, mais non description.
La ville, phénomène dont le développement, dans l’espace et dans le temps, ne cesse de croître avec les siècles, se donne à voir d’abord de profil. Une ceinture de murailles, protectrices ad intra et dissuasives ad extra, entoure habitations et enclos bien serrés dans ce nid, tandis que les flèches des clochers, institutions religieuses et palais, imposent leur domination sur l’espace protégé, ainsi valorisé. Une légende permet généralement au spectateur d’effleurer ou de confirmer la connaissance de la cité offerte à son regard.
Le précurseur est sans conteste l’Italie, comme souvent au Moyen Âge, relayée dès le début du xvie siècle par de véritables artistes peintres (plan manuscrit de Lyon, profil de Falaise, sur parchemin) et surtout par les graveurs germaniques (Braun-Hoggenberg, Mérian...), flamands, puis français (Tavernier...). L’exactitude topographique n’est alors pas primordiale. Dans la Chronique de Nüremberg (fin du xve siècle), le même bois gravé a servi à représenter deux villes différentes. Qu’importe, au fond, à qui contemple ces merveilles sorties toutes fraîches des jeunes imprimeries ? Dans la floraison des atlas ouverts sur le monde qui s’ensuit, comme dans les arts décoratifs (tapisseries...), la ville est désormais omniprésente.
Pourquoi ce besoin démultiplié de « voir » les villes, sinon pour admirer la beauté unique de leur spécificité, la pertinence du choix de leur emplacement (relief, voies de communication, présence de l’eau, du bois, de la pierre, antiquité de la présence humaine magnifiée par des bénédictions du Ciel), l’éventail de leurs équipements, la force de leur attraction, le bien-fondé de leur rayonnement, la concentration de leurs richesses ? Les heureux propriétaires de « vues et portraits de villes » savaient certainement méditer la valeur de leur image, tandis qu’un Louis XI savait, lui, ponctionner les ressources matérielles de ses « bonnes villes », où qu’elles soient. Usages multiples !
L’état de guerre quasi permanent entre nations européennes du xive au xviiie siècle, entre puissances politiques et religieuses, puis entre factions et partis, polarise l’attention sur les villes, sièges et enjeux des pouvoirs, entre lesquels s’est tissé le réseau des routes tant militaires que commerciales et culturelles, innervant le puzzle des découpages administratifs et judiciaires.
De leur côté, les sources documentaires civiles des xviie et xviiie siècles fourmillent de plans de villes. Manuscrits, gravés, colorés, peints ou tissés, dédiés s’il se peut au roi ou aux personnages influents, ils varient du plan-masse au plan détaillé ou partiel. La vue à vol d’oiseau prend le pas sur le profil, la vision objective sur le ressenti, la maîtrise de la perspective a évolué.
Un code de couleurs se met en place, vert des bois, des forêts, des prés et des jardins, lavis rose pour le bâti, tracé jaune pour les endroits à démolir ou à rectifier, facilitant une lecture différenciée entre centre (cité), zone des échanges et approvisionnements (bourg), quartiers, paroisses, implantation et extension des faubourgs, jardins, cultures, friches et voiries, réseau viaire et routier... Échelle, légende parfois (typologie du bâti) et orientation ajoutent du scientifique au visuel.
Le plan, d’où l’esthétique n’est jamais absente, est fréquemment enrubanné d’explications et de justifications. Encadrés à grande échelle, détails de projets ou de bâtiments prestigieux en élévation, enrichissent ses marges. Les géomètres et arpenteurs locaux, les architectes, les ingénieurs du roi précurseurs des hommes de l’art formés dans les grandes écoles (Génie, Ponts et Chaussées, Mines...) accumulent les preuves qu’il est urgent de revisiter l’héritage des siècles passés dessiné par d’autres, selon hasard, nécessité, accidents, ou décisions anciennes.
Sur les plans-état des lieux se superposent les lignes nouvelles et droites des aménageurs, appuyées sur des calculs mathématiques plus rigoureux que par le passé : l’urbanisme prend son essor, dans des villes regardées comme un objet en soi, digne de susciter utopies, agrément, embellissements, toutes choses utiles pour y mieux paraître, ou y mieux vivre. Promenades plantées, amenées d’eau, encadrement des lieux de sépulture, tracé d’avenues nouvelles, grilles de rues se coupant à angle droit, sont au xviiie siècle les prémices des grands travaux, commencés sous le Premier Empire : les villes nouvelles exportées par les Français jusqu’aux États-Unis d’Amérique (Washington...), les quartiers neufs de Napoléon-Vendée (La Roche-sur-Yon) et de Pontivy arrimés tant bien que mal au parcellaire existant, le dessin idéal de quartiers ouvriers imaginés par des patrons philanthropes (Godin à Guise dans l’Aisne, d’autres en Angleterre) annoncent les démolitions de remparts, le cadastre urbain, les plans d’alignement, les préoccupations sanitaires et la lente implantation des réseaux d’assainissement, la place faite à une industrialisation galopante, l’absorption et la fixation de l’exode rural, la révolution des transports. Les documents graphiques disponibles, portatifs et pliables, montrant la ville dessus et dessous, ses splendeurs, ses obstacles et ses chances, se multiplient aux mains des voyageurs et des curieux, devenant d’usage courant.
Cette recherche incessante de solutions aux modifications urbaines, brutalement perturbée par les guerres modernes, engendre une redistribution et une relecture complète des plans de bien des villes. Tandis que les architectes dessinent des zones d’activité et de déplacement prenant en compte une urbanisation généralisée, des quartiers neufs, des banlieues prolifiques, voire des « villes nouvelles » engendrées ex nihilo, les sociologues, économistes, et géographes donnent à comprendre, avec une sémiologie différente, une autre perception de la ville : celle de son rayonnement, proportionnel à son attraction, aux services qu’elle propose, et leur impact dans une région proche ou lointaine. La ville peut y perdre ses contours, pour n’être plus qu’un symbole, un point rouge ou noir plus ou moins important sur une carte, un concept abstrait posé à grands traits sur une portion du monde, loin d’être sans conséquences.
En repensant à cette longue évolution, appuyée par d’innombrables documents mis à la disposition des chercheurs, et une immense bibliographie, on s’interrogera sur ces destins des villes occidentales ou non, individualisées par une longue histoire particulière, constitutive d’une irréductible identité, et d’un avenir toujours à inventer.

Imaginaire et imagerie
L’objet ici serait d’évoquer, en mobilisant notamment la littérature, comment la réception de l’imagerie produite sur une ville en a généré un certain désir (ou au contraire son rejet), en a façonné une image, l’a transposée en des lieux, et a modelé, depuis la ville, une composition singulière lui octroyant son identité. Cette dimension sera traitée, notamment à travers le cas du Caire et l’imagerie des Mille et une nuits qui lui est associée (A. Madoeuf). Le Caire, étape et destination de voyage, a suscité une multitude d’écrits, s’est imposée comme sujet et objet de récits, est devenue un lieu commun de l’imaginaire. Cependant, en parcourant ses relations et descriptions, ce n'est pas toujours l’histoire ni les paysages du Caire que l’on découvre, mais souvent un reflet, celui de l’image d’une cité orientale, décor reconstitué des Mille et une nuits. L’évocation du panorama de ville devient un exercice littéraire qui sublime son objet même et relève d'un genre codifié. Le paysage ici suggéré est comme intemporel, plus rédigé et récité que vu ou présent. L'image du Caire est alors celle d’une ville mythique, modèle de la cité orientale, celle des Mille et une nuits et d’autant de minarets (la formule est récurrente). Il est difficile de savoir avec certitude quand a été composé ce paysage illusoire, ni même comment s'est élaborée son invention. Cependant, Le Caire, cité fascinante, semble être devenue l’archétype de la « ville orientale », et a pu incarner le cadre des Mille et une nuits.

Imaginaires de la ville
Outre les images inspirées par le cinéma, la littérature, la peinture et les arts visuels en général, les individus et les groupes élaborent leur propre représentation de la ville, nourrie de leur expérience personnelle de l’urbain, au gré de leurs trajectoires d’une ville à l’autre. On s’intéressera ici à ce que ces visions de la ville portent en elles de transnational, mais aussi d’idéal ou de peur.
Séances

- Séance du 23/04/2012 - 14:00
  Président : M. Jean DUMA, Professeur émérite d'histoire moderne à l'université Paris X-Nanterre


Faire connaître la ville ou la donner à rêver ? La part de l’imaginaire dans les représentations et descriptions de Tours du XVIe au XVIIIe siècle. M. Claude PETITFRÈRE
Vignettes urbaines chez Varron et chez Virgile : représentations et significations de la ville dans deux traités d’agriculture romains de la fin du Ier siècle av. J.-C.. Mme Marie-Pierre ZANNIER
Tungris dicta quodam octavia leod ecclie filia : l’image sigillaire urbaine comme support d’un discours idéologique complexe, le cas de Tongres (Belgique) au XIIIe siècle. Mme Ambre DE BRUYNE

- Séance du 24/04/2012 - 09:00
  Président : M. Pierre-Yves LE POGAM, Conservateur en chef du patrimoine, département des sculptures, musée du Louvre, ancien membre de l'École française de Rome


Centre et périphérie : représentation des villes royales en Inde. Mme Anne VERGATI
Apocalyptique Japon. Les représentations occidentales des villes japonaises (XVIIe – XVIIIe siècles). M. Jean-Sébastien CLUZEL
Les valeurs de la composition urbaine : iconographies architecturale et patrimoniale à Beyrouth (Liban). Mme Sophie BRONES

- Séance du 24/04/2012 - 14:00
  Présidents :
Mme Cécile SOUCHON, Conservateur général du patrimoine aux Archives nationales

Mme Élisabeth LEPRINCE


Paris et son évolution. Cartographier la ville pendant la première moitié du XIXe siècle. M. Mehdi BELARBI
Composer avec la nature ? Ville et nature dans la couverture de l’Exposition universelle de 1878 par l’hebdomadaire illustré londonien The Graphic . M. Guillaume EVRARD
Confisquée par l'image : la ville des revues illustrées germaniques autour de 1900. Mme Laurence DANGUY
La mémoire de Marseille. Mme Sylvie CLAIR

- Séance du 25/04/2012 - 09:00
  Présidents :
Mme Anne PINGEOT, Conservateur général honoraire du musée d'Orsay

M. Maurice HAMON, Directeur des relations générales de Saint-Gobain


Compositions urbaines de Barcelone et Marseille à travers les romans de Carlos Ruiz Zafón et de Jean-Claude Izzo. Mme Florence TROIN
La place et le sens du vide dans la composition urbaine au XXe siècle. Mme Hélène HATZFELD
La composition urbaine dans la science-fiction d'anticipation : un reflet des scénarios dystopiques produits par la société contemporaine. Mme Léa MESTDAGH
L’imaginaire multimédia des villes : entre poétique et réalisme. Mme Annick BATARD